Axes de recherche

Une finalité

Les travaux de recherche du Laboratoire Vitalité ont une finalité commune : améliorer la santé mentale des populations présentant certains facteurs de vulnérabilités, tels qu’un faible statut socioéconomique ou des difficultés en lien avec l’anxiété ou la dépression. La santé mentale est plus que l’absence de troubles mentaux. L’Organisation mondiale de la santé la définit comme « un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et d’une manière productive et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté»1. Le bien-être inclut une dimension hédonique (c.-à-d. des émotions positives à l’égard de sa vie, comme se sentir heureux et être satisfait de sa vie) et eudémonique (c.-à-d. percevoir un sens à sa vie et se réaliser pleinement à travers des activités et des relations enrichissantes)2-6.

Deux stratégies

Afin d’améliorer la santé mentale, nos travaux utilisent deux stratégies : 1) le développement du pouvoir d’agir;  2) le croisement des savoirs.

A) Développement du pouvoir d’agir. Le développement du pouvoir d’agir (empowerment) est central à la promotion de la santé7,8 et est l’un des principes directeurs du Plan d’action en santé mentale du Québec9. Il est particulièrement recommandé pour les personnes socioéconomiquement défavorisées10,11, ainsi que pour celles souffrant de problèmes de santé chroniques ou récurrents12,13. Le pouvoir d’agir peut être développé à un niveau individuel et collectif14,15. Le pouvoir d’agir individuel se définit comme la capacité d’une personne à satisfaire ses besoins, résoudre ses problèmes et mobiliser les ressources nécessaires afin de se sentir en contrôle de sa propre vie16. Le pouvoir d’agir collectif est un processus par lequel un groupe marginalisé acquiert du pouvoir afin d’atteindre des objectifs partagés de changement social. Il se construit progressivement à travers le développement d’une conscience critique, d’habiletés et de confiance en ses capacités à passer de la parole et de la réflexion à l’action17. Le laboratoire vise à mieux comprendre comment le développement du pouvoir d’agir peut contribuer à l’amélioration de la santé mentale des personnes atteintes de troubles anxieux/dépressifs et des personnes vivant en HLM.

B) Croisement des savoirs. Il existe trois grandes formes de savoirs : scientifiques (détenus par les chercheurs), professionnels (détenus par les décideurs et les intervenants) et expérientiels (détenus par les personnes directement concernées par le problème)18. Lorsque ces trois formes de savoirs se croisent, à travers des échanges basés sur le respect et la confiance mutuelle, de nouvelles connaissances utiles à l’amélioration des pratiques professionnelles et des politiques publiques sont produites18. Le croisement des savoirs est une approche de plus en plus utilisée dans le champ de la santé mentale. Ainsi, les personnes en rétablissement (désignées parfois sous le terme de « personnes utilisatrices de services » ou de « patients partenaires ») participent de plus en plus à des comités où siègent également des décideurs et des professionnels afin de prendre part aux décisions en matière de planification et d’évaluation des services19. Ces personnes sont également de plus en plus impliquées en recherche, à titre d’assistants de recherche ou de co-chercheurs20. Les personnes vivant en situation de pauvreté, incluant celles vivant en HLM, possèdent, elles aussi, des savoirs expérientiels très riches qui gagneraient à être sollicités et mis à profit dans l’élaboration des politiques publiques, des services et de la recherche18,21,22. La reconnaissance de ces savoirs, bien qu’elle soit jugée essentielle par les acteurs engagés dans la lutte aux inégalités sociales de santé, demeure assez marginale23. Toutes les études menées au laboratoire utilisent une approche de croisement des savoirs afin de produire des connaissances qui, en plus de contribuer significativement à l’avancement des connaissances scientifiques, soient à la fois utiles aux milieux de pratique et pertinentes du point de vue des populations à l’étude. Concrètement, les comités de recherche de chacune des études sont composés de personnes directement concernées (parce qu’elles sont en rétablissement d’un trouble anxieux/dépressif ou qu’elles vivent en HLM), de décideurs, d’intervenants et de chercheurs issus de différentes disciplines et de différentes universités. Les personnes directement concernées prennent part aux décisions à toutes les étapes du déroulement des projets de recherche, de même qu’à l’interprétation et à la diffusion des résultats (ex. participation à des congrès, prise de parole publique, développement d’outils pratiques).

Deux axes de recherche

Les travaux du Laboratoire Vitalité s’organisent autour de deux axes de recherche principaux : 1) soutenir le rétablissement de la santé mentale; 2) créer des environnements favorables à la santé pour les personnes de faible statut socioéconomique.

1) Soutenir le rétablissement de la santé mentale. Dans le cadre de cet axe de recherche, nous collaborons avec les professionnels du réseau de la santé et des services sociaux, afin d’améliorer les services de première ligne offerts aux personnes vivant des difficultés liées à l’anxiété ou à la dépression. Nous nous intéressons notamment aux pratiques axées sur le rétablissement de la personne, c’est-à-dire qui ne visent pas uniquement la rémission des symptômes, mais également l’amélioration de sa santé mentale positive (bien-être hédonique et eudémonique). Les pratiques axées sur le rétablissement favorisent l’autonomie des personnes (incluant le renforcement des capacités d’autogestion) et misent sur ses forces personnelles ainsi que sur celles de son réseau et de sa communauté. Trois projets en cours sont inclus dans cet axe :

2) Créer des environnements favorables à la santé. Les environnements dans lesquels nous vivons, particulièrement notre lieu de résidence et notre quartier, ont une grande influence sur notre santé et notre bien-être. Avec cet axe de recherche, nous souhaitons contribuer à la réduction des inégalités sociales de santé en améliorant, avec les populations directement concernées, l’accessibilité à des milieux de vie sains et promoteurs de santé. Deux projets en cours sont inclus dans cet axe :

Références

1. World Health Organization. Mental health : a state of well being. Disponible à l’adresse http://www.who.int/features/factfile/mental_health/en/ : Document consulté le 20 septembre 2015; 2014.

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3. Keyes CL. The mental health continuum: from languishing to flourishing in life. Journal of Health and Social Behavior 2002;43:207-22.

4. Keyes CL, Annas J. Feeling good and functioning well: distinctive concepts in ancient philosophy and contemporary science. The Journal of Positive Psychology 2009;4:197-201.

5. Waterman AS. Reconsidering happiness: A eudaimonist's perspective. Journal of Positive Psychology 2008;3:234-52.

6. Ryan RM, Huta V. Wellness as healthy functioning or wellness as happiness: the importance of eudaimonic thinking (response to the Kashdan et al. and Waterman discussion). The Journal of Positive Psychology 2009;4:202-4.

7. Berry NS, Murphy J, Coser L. Empowerment in the field of health promotion: recognizing challenges in working toward equity. Global Health Promotion 2014;21:35-43.

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9. Ministère de la Santé et des Services Sociaux. Plan d’action en santé mentale 2005-2010. La force des liens. Québec: Ministère de la santé et des services sociaux; 2011:54.

10. Laverack G. Improving Health outcomes through community empowerment: A review of the literature. Journal of Health, Population and Nutrition 2006;24:113-20.

11. Becker D, Edmundo K, Nunes NR, Bonatto D, de Souza R. An innovative geographical approach: Health promotion and empowerment in a context of extreme urban poverty. Promotion & Education 2005;Suppl3:48-52.

12. Pulvirenti M, McMillan J, Lawn S. Empowerment, patient centred care and self-management. Health Expectations 2011;17:303-10.

13. Bravo P, Edwards A, Barr PJ, Scholl I, Elwyn G, McAllister M. Conceptualising patient empowerment: a mixed methods study. BMC Health Services Research 2015;15:252.

14. Le Bossé Y. De l’habilitation au pouvoir d’agir: vers une appréhension plus circonscrite de la notion d’empowerment. Nouvelles Pratiques Sociales 2003;16:30-51.

15. Zimmerman M. Empowerment theory: psychological, organizational and community levels of analysis. In: Rappaport J, Seidman E, eds. Handbook of Community Psychology. New York: Kluwer Academic/Plenum; 2000:43-64.

16. Gibson CH. A concept analysis of empowerment. Journal of Advance Nursing 1991;16:354-61.

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18. Ferrand C. Le croisement des pouvoirs: Croiser les savoirs en formation, recherche, action. Paris: Les éditions de l’atelier et Éditions Quart Monde; 2008.

19. Clément M. La participation, les temps de la parole et le mouvement des usagers des services de santé mentale au Québec. Le partenaire 2011;20:4-13.

20. Pelletier JF, Fortin D, Laporta M, et al. The Global model of public heath through the WHO QualityRights project. Journal of Public Mental Health 2013;12:212-23.

21. Houle J, Coulombe S, Morin P, Leloup X, Bohémier H, Bisson F. L’amélioration de la santé des locataires en HLM: une approche de croisements des savoirs. In: Morin P, Demoulin J, eds. Le savoir expérientiel des locataires en milieu HLM familles: Presses de l’Université du Québec; soumis.

22. Loignon C, Hudon C, Goulet E, et al. Perceived barriers to healthcare for persons living in poverty in Quebec, Canada: the EQUIhealThY project. International Journal of Equity in Health 2015;14:4.

23. Frohlich KL, Potvin L. Transcending the known in public health practice: the inequality paradox: the population approach and vulnerable populations. American Journal of Public Health 2008;98:216-21.